{"id":4344,"date":"2026-03-16T23:04:31","date_gmt":"2026-03-16T22:04:31","guid":{"rendered":"https:\/\/www.parallels.it\/?p=4344"},"modified":"2026-04-02T08:44:23","modified_gmt":"2026-04-02T06:44:23","slug":"le-strade-e-i-corridoi","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.parallels.it\/fr\/le-strade-e-i-corridoi\/","title":{"rendered":"Les rues et les couloirs"},"content":{"rendered":"<p>Dans la Conf\u00e9d\u00e9ration des Vall\u00e9es et des Coupoles, le plus vieux m\u00e9tier n'est ni celui de forgeron, ni celui de comptable, mais celui de messager.<\/p>\n<p>Les messagers partaient des villes frontali\u00e8res, des vall\u00e9es o\u00f9 le vent fait bruisser les lacs, des cantons o\u00f9 les langues changent d'un village \u00e0 l'autre, ils traversaient les cols, les gares, les couloirs de neige, les trains du soir et, chaque soir, arrivaient \u00e0 la grande maison de la presse o\u00f9 ils racontaient ce qu'ils avaient vu. L'un d'eux venait de la ville o\u00f9 les drapeaux se d\u00e9pla\u00e7aient tous ensemble comme un champ de fleurs bien ordonn\u00e9es. Un autre venait de la campagne o\u00f9 les gens votent dans les gymnases des \u00e9coles et rentrent ensuite chez eux pour pr\u00e9parer le d\u00eener. Un troisi\u00e8me a rapport\u00e9 des histoires des montagnes o\u00f9, malheureusement, des trag\u00e9dies soudaines et silencieuses se produisent parfois.<\/p>\n<p>Leurs histoires \u00e9taient align\u00e9es comme des lampes allum\u00e9es et c'est ainsi que le pays pouvait se voir.<\/p>\n<p>Un jour, cependant, les comptables du Royaume ont pris les feuilles de budget, les recettes diminuant et les d\u00e9penses augmentant, et ont trac\u00e9 une fine ligne sur les cartes.<br \/>\n- Il faut \u00e9conomiser de l'argent\", ont-ils dit.<br \/>\nEt quand les comptables parlent, vous savez, le monde prend la forme d'un tableau. En regardant la carte du pays, ils ont remarqu\u00e9 que les messagers \u00e9taient dispers\u00e9s partout : dans certaines villes, dans certaines r\u00e9gions, dans certains pays lointains. On aurait dit que leur travail consistait \u00e0 tout observer.<br \/>\n- Peut-\u00eatre, dit l'un des comptables, n'est-il pas n\u00e9cessaire de tout examiner.<br \/>\nUn autre comptable, qui aimait les chiffres comme on aime les pions aux \u00e9checs, a point\u00e9 du stylo une r\u00e9gion frontali\u00e8re.<br \/>\n- Un seul messager est n\u00e9cessaire.<br \/>\nLa r\u00e9gion est vaste : six cantons, un lac, quelques grandes villes et de nombreuses routes qui se croisent.<br \/>\n- Un messager seul, r\u00e9p\u00e9ta le comptable, peut le couvrir.<br \/>\nLa nouvelle est parvenue aux oreilles du messager qui vivait l\u00e0. Ce n'\u00e9tait pas la premi\u00e8re fois que quelqu'un disait que trop c'\u00e9tait trop. Sur les cartes des comptables, les distances sont courtes. Les relations ne prennent pas de place. Les ann\u00e9es pass\u00e9es \u00e0 comprendre un territoire ne p\u00e8sent rien. Dans les cartes des messagers, en revanche, chaque lieu est fait de liens invisibles : la confiance d'un maire, le num\u00e9ro de t\u00e9l\u00e9phone d'un p\u00eacheur, le bar o\u00f9 l'on comprend vraiment ce que pensent les gens. Et ces cartes ne rentrent pas dans les bilans.<\/p>\n<p>Pendant ce temps, sous la Coupole, la vie politique continue comme si de rien n'\u00e9tait. Chaque jour, de nouvelles annonces, de nouvelles motions, de nouvelles initiatives qui promettent de changer ou de sauver le monde. Les couloirs de la Coupole produisaient des nouvelles comme une machine produit de la vapeur.<br \/>\nLes messagers qui travaillaient l\u00e0 \u00e9taient devenus tr\u00e8s bons pour raconter l'histoire. Si bien que personne ne se demandait souvent s'il ne se passait pas quelque chose de plus important \u00e0 l'ext\u00e9rieur.<\/p>\n<p>Un samedi, par exemple, dans une petite ville au bord d'un lac, une marche silencieuse a eu lieu. Les gens marchaient pour demander justice pour une trag\u00e9die survenue en montagne. Il n'y avait pas de slogans, seulement des pas. Mais au m\u00eame moment, dans une belle salle de la classe politique d'une autre ville, un parti discutait de l'\u00e9ni\u00e8me initiative lanc\u00e9e par un autre parti. Les messagers se rendirent dans la belle salle. La marche sur le lac resta l\u00e0, comme une constellation que personne ne regarde car tout le monde observe le lampadaire le plus proche.<\/p>\n<p>C'\u00e9tait une question de centre de gravit\u00e9\", se dit le messager de la r\u00e9gion frontali\u00e8re. Un pays est comme une balance : si tout le poids se d\u00e9place vers le centre, le reste devient l\u00e9ger et s'envole.<\/p>\n<p>Un jour, quelque chose d'horrible arriva dans un village nomm\u00e9 Kappa. La nouvelle se r\u00e9pandit rapidement dans toutes les vall\u00e9es et les messagers partirent imm\u00e9diatement. Les premiers \u00e0 arriver furent ceux du D\u00f4me, car ils \u00e9taient proches. C'\u00e9taient de bons messagers. Ils racont\u00e8rent bien ce qu'ils voyaient.<\/p>\n<p>Le messager de la r\u00e9gion frontali\u00e8re a alors commenc\u00e9 \u00e0 penser que le probl\u00e8me n'\u00e9tait peut-\u00eatre pas le nombre de messagers restants. C'\u00e9tait l'endroit o\u00f9 ils se trouvaient.<br \/>\n- Si nous quittons la terre des yeux\", pensait-il, \"nous finissons par regarder par la m\u00eame fen\u00eatre. Et plus on regarde par cette fen\u00eatre, plus le monde semble co\u00efncider avec ce que l'on voit de l\u00e0.<\/p>\n<p>Entre-temps, un jour de mars, le pays a vot\u00e9. Ce n'\u00e9tait pas la premi\u00e8re fois que les citoyens d\u00e9cidaient si la maison de la presse devait continuer \u00e0 exister. De temps \u00e0 autre, le pays aime se demander s'il a vraiment besoin de miroirs. Le r\u00e9sultat est tomb\u00e9 dans la soir\u00e9e.<\/p>\n<p>Le r\u00e9sultat \u00e9tait clair : nous voulons une maison de presse qui reste sur le territoire. Le messager de la r\u00e9gion frontali\u00e8re a estim\u00e9 que ce vote \u00e9tait comme une boussole.<\/p>\n<p>Pourtant, au m\u00eame moment, les comptables continuaient \u00e0 faire leurs calculs. Sur le.<\/p>\n<p>Le messager de la r\u00e9gion frontali\u00e8re sentait grandir une subtile lassitude, celle qui na\u00eet lorsque la distance entre le possible et le per\u00e7u devient trop grande. Il a donc d\u00e9cid\u00e9 d'\u00e9crire une histoire. Non pas pour d\u00e9cider de quoi que ce soit - car les d\u00e9cisions appartiennent toujours \u00e0 d'autres - mais pour laisser une trace. Les nouvelles sont en effet comme des messagers : elles rappellent que la vie n'est pas faite de couloirs, mais de routes, de paysages, d'aventures, de gens et de rencontres. Et que si les routes cessent d'\u00eatre parcourues, la Coupole, elle aussi, finit t\u00f4t ou tard par ne plus savoir ce qu'il y a \u00e0 l'ext\u00e9rieur de ses fen\u00eatres.<\/p>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Nella Confederazione delle Valli e delle Cupole, il mestiere pi\u00f9 antico non era quello del fabbro n\u00e9 quello del contabile, ma quello del messaggero. I messaggeri partivano dalle citt\u00e0 di confine, dalle valli dove il vento scompaginava i laghi, dai cantoni dove le lingue cambiano di villaggio in villaggio, attraversavano passi, stazioni, corridoi di neve, [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":28,"featured_media":4416,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[157,131,89],"tags":[374,141],"class_list":["post-4344","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-giornalismo","category-politica","category-progetto-incipit","tag-democrazia","tag-svizzera"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.parallels.it\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/4344","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.parallels.it\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.parallels.it\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.parallels.it\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/28"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.parallels.it\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=4344"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.parallels.it\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/4344\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.parallels.it\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/4416"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.parallels.it\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=4344"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.parallels.it\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=4344"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.parallels.it\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=4344"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}