{"id":2493,"date":"2025-10-23T01:06:06","date_gmt":"2025-10-22T23:06:06","guid":{"rendered":"https:\/\/www.parallels.it\/?p=2493"},"modified":"2026-03-09T10:19:53","modified_gmt":"2026-03-09T09:19:53","slug":"il-sorriso","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.parallels.it\/fr\/il-sorriso\/","title":{"rendered":"Le sourire"},"content":{"rendered":"<p>Otello n'\u00e9tait pas du genre \u00e0 remarquer imm\u00e9diatement les catastrophes. Il les percevait toujours avec un certain retard, comme un spectateur qui entre dans une salle de cin\u00e9ma alors que le film a d\u00e9j\u00e0 commenc\u00e9. Ce matin-l\u00e0, il lui semblait simplement s'\u00eatre r\u00e9veill\u00e9 un peu plus lourd que d'habitude. Peut-\u00eatre \u00e9tait-ce d\u00fb au temps, ou au d\u00eener de la veille. Clara avait insist\u00e9 pour pr\u00e9parer des p\u00e2tes \u00ab comme autrefois \u00bb, et Otello, comme autrefois, en avait trop mang\u00e9.<br \/>\nQuand il essaya de se lever, cependant, ses jambes rest\u00e8rent immobiles. Il les fixa pendant quelques secondes, avec le vague sentiment d'\u00eatre victime d'une blague.<br \/>\nClara entra peu apr\u00e8s. C'\u00e9tait une femme qui essayait toujours de para\u00eetre calme, mais la cuill\u00e8re \u00e0 caf\u00e9 tremblait comme l'aiguille d'une boussole d\u00e9traqu\u00e9e.<br \/>\n\u00ab Tout va bien ? \u00bb demanda-t-elle en posant la tasse sur la table de chevet.<br \/>\nOtello lui adressa un sourire tranquille, le m\u00eame que celui que l'on fait aux enfants lorsqu'ils demandent si le P\u00e8re No\u00ebl existe.<br \/>\n\u00ab Oui, oui, juste un peu engourdi. \u00c7a va passer. \u00bb<br \/>\nMais cela ne passa pas. Et en moins d'une heure, Clara \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 en train de parler aux urgences, la voix bris\u00e9e par un ton qui n'\u00e9tait pas encore du d\u00e9sespoir, mais qui s'en approchait d\u00e9j\u00e0.<br \/>\nL'ambulance arriva en retard, comme toutes les choses importantes. Otello, homme pragmatique et t\u00eatu, ne s'\u00e9meut pas. Il se demanda seulement s'il devait se coiffer : certaines malheurs, pensait-il, devaient \u00eatre affront\u00e9s avec un minimum de d\u00e9cence.<br \/>\nLe m\u00e9decin \u00e9tait jeune, impassible, avec cet air neutre que l'on apprend dans les couloirs des h\u00f4pitaux pour ne rien laisser transpara\u00eetre, et qui sait que les mots sont surestim\u00e9s. Il parlait peu. Clara l'\u00e9coutait en silence, serrant son sac \u00e0 deux mains, tandis que son mari \u00e9tait install\u00e9 sur la civi\u00e8re.<br \/>\nPlus tard, \u00e0 l'h\u00f4pital, Othello r\u00e9fl\u00e9chit \u00e0 la vie, qui ne change jamais radicalement. Il n'y a pas de signal, pas de pr\u00e9sage, pas d'annonce. Tout se passe sans bruit, comme lorsque l'\u00e9lectricit\u00e9 est coup\u00e9e et que l'on s'aper\u00e7oit trop tard que le r\u00e9frig\u00e9rateur est d\u00e9j\u00e0 \u00e9teint. Parfois, c'est le corps qui d\u00e9cide de se mettre en gr\u00e8ve ; d'autres fois, c'est un train qui d\u00e9raille, une amiti\u00e9 qui se brise, ou une guerre qui commence dans un pays dont, hier encore, on ne savait m\u00eame pas o\u00f9 il se trouvait sur la carte.<br \/>\nLe principe est toujours le m\u00eame : tu te r\u00e9veilles un matin, et le monde a d\u00e9cid\u00e9 de te tourner le dos.<br \/>\n\u00c0 un certain moment de la vie \u2014 pensait Otello en attendant les r\u00e9sultats des examens et en r\u00e9pondant \u00e0 quelques questions d'une voix qui semblait d\u00e9j\u00e0 appartenir \u00e0 quelqu'un d'autre \u2014 \u00e0 ce moment pr\u00e9cis, quelqu'un ou quelque chose vous dit, ou vous murmure, que vous ne pouvez plus faire ou \u00eatre ce que vous \u00e9tiez quelques minutes auparavant. Cela peut \u00eatre n'importe qui, le plus souvent un m\u00e9decin, ou le bruit d'un crash qui continuera \u00e0 r\u00e9sonner dans ta t\u00eate pendant longtemps.<br \/>\n\u00c0 ce moment pr\u00e9cis, c'est comme si tes habitudes te criaient dans la t\u00eate. Le corps r\u00e9siste, et pendant longtemps encore, il semble ne pas vouloir croire ce qui s'est pass\u00e9. Comme s'il avait sa propre m\u00e9moire, le corps, et retenait de toutes ses forces les pens\u00e9es qui cherchent des r\u00e9ponses ailleurs. M\u00eame les choses les plus insignifiantes deviennent des tr\u00e9sors enfouis : respirer, se gratter, ouvrir les yeux, marcher.<\/p>\n<p data-start=\"276\" data-end=\"619\">C'est ce qu'Otello d\u00e9couvrit ce jour-l\u00e0, ou plut\u00f4t ce matin-l\u00e0, lorsqu'il ne parvint plus \u00e0 se lever de son lit. Il sentait que la vie qu'il avait v\u00e9cue jusqu'alors lui \u00e9chappait sous ses yeux, comme un objet tomb\u00e9 dans l'eau : encore visible pendant un court instant, puis s'\u00e9loignant de plus en plus, jusqu'\u00e0 dispara\u00eetre. Lentement, et pour toujours.<\/p>\n<p data-start=\"621\" data-end=\"972\">Pourtant, \u00e0 ce moment pr\u00e9cis, l'impr\u00e9visible se produisit. Une forme d'acceptation, peut-\u00eatre, ou la simple prise de conscience que tout ce qui s'\u00e9vanouit ne dispara\u00eet jamais compl\u00e8tement. Le fait est que depuis lors, Otello se mit \u00e0 sourire. Parfois, il \u00e9clatait m\u00eame de rire.<\/p>\n<p data-start=\"974\" data-end=\"1392\">Un sourire permanent qui d\u00e9concertait tout le monde : ses proches, ses amis, m\u00eame les m\u00e9decins qui l'observaient avec un m\u00e9lange d'\u00e9tonnement, de tendresse et de perplexit\u00e9. On aurait presque dit qu'Otello cachait un secret, une raison pr\u00e9cise \u00e0 cette s\u00e9r\u00e9nit\u00e9 folle et d\u00e9sarmante. Et il ne cessait jamais de sourire. M\u00eame dans les larmes, m\u00eame dans l'\u00e9motion la plus profonde, il souriait.<\/p>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Otello non era il tipo da accorgersi subito delle catastrofi. Ci arrivava sempre con un certo ritardo, come uno spettatore che entra al cinema quando il film \u00e8 gi\u00e0 cominciato. Quella mattina gli parve soltanto di essersi svegliato un po\u2019 pi\u00f9 pesante del solito. Colpa del tempo, forse, o della cena della sera prima. 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